Débuter en photoreportage


| Sujet | Matériel | Prise de vue | Post-Production |

 

Comme vous pouvez le constater à travers ce site, le photoreportage est une activité photographique qui me tient particulièrement à cœur.

Le premier aspect important de cette activité est le contact humain dans sa dimension émotionnelle. Je veux dire par là que chaque prise de vue doit avoir pour objectif de figer une émotion. Cela peut être un instant vécu par le(s) sujet(s) ainsi qu’un instant partagé entre le(s) sujet(s) et le photographe.

Le second aspect est que le reportage doit rapporter, transcrire, transmettre, faire partager une situation, un sentiment, une émotion. C’est certainement ce qui est le plus difficile à réaliser.

Je vais donc essayer de vous transmettre ma petite expérience de ce domaine. Les photographes expérimentés qui lirons ces lignes sont cordialement invités à réagir. Car comme en toute chose, il n’y a jamais une seule façon de faire, et la bonne pour soi-même est forcément celle que l’on pratique et que l’on maîtrise.


Le choix du sujet

Ne commencer surtout pas dans ce domaine par un voyage à l’autre bout du monde dans des contrées où vous ne connaissez rien ! Attention également à ne pas vous lancez bille en tête dans la couverture du mariage de votre meilleur ami. Le reportage de mariage n’est pas un sujet facile, loin de là ! Il y a des codes qu’il faut connaître et respecter.
Choisissez plutôt un évènement proche de chez vous. Le plus facile est, je pense, de se consacrer à photographier un évènement tel qu’un carnaval, une fête, une manifestation (sportive, politique, etc…). Cela permet d’avoir un sujet unique et simple car borné dans le temps et dans l’espace. Ce n’est pas le cas si vous décidez de faire un reportage sur un thème général comme par exemple "la condition féminine dans le monde". Sur un tel sujet toutes les perspectives peuvent être envisagées et les limites temporelles et spatiales sont loin d’être faciles à borner (à part peut être le budget qui atteint souvent très vite une limite J). Je vous conseille donc, dans un premier temps, la couverture d’un évènement de votre choix mais simple et proche de chez vous. Vous ne savez pas comment trouver un sujet intéressant ? Rien de plus simple, consultez les journaux, faites des recherches sur Internet afin de trouver les manifestations qui se déroulent dans votre région, proche de chez vous. Et si, j’en suis certain, partout en France vous trouverez un sujet qui vous inspire.
L’inspiration n’est dans ce cas pas un vain mot. Car comme le dit l’adage « on ne photographie bien que ce que l’on aime ». Il est donc indispensable que vous ne couvriez que des évènements avec lesquels vous vous sentez bien et pour lesquels vous éprouvez un réel intérêt. Par ailleurs, la couverture d’un reportage que vous réalisez pour la première fois a la saveur de la découverte. Et cela est souvent stimulant pour la pratique photographique. On distingue alors les choses avec un œil neuf et, sans aucun apriori, ce qui permet de vivre et de ressentir intensément les émotions transmises par cette nouvelle expérience. Ceci est indéniablement un atout pour la réussite d’un reportage photos. C’est pour cette raison que personnellement j’aime à faire varier mes sujets de reportage.

Bon vous avez choisi votre prochain sujet. Il est simple. Alors on c’est parti, mais il faut maintenant réfléchir à comment s’y prendre. Nous allons donc étudier les trois principaux aspects du reportage, le matériel, la prise de vues et la postproduction.


Le matériel

Incontournable pour faire des photos, il faut une machine à prendre des images. Et oui mais… Ce n’est pas suffisant ! Il faudra également une source de lumière complémentaire et là tous les appareils ne sont pas égaux. En effet, exit les compacts qui ne permettent pas le couplage avec un flash additionnel. Il ne reste donc que les bridges et les réflexes et là par contre vous avez le choix et je ne rentrerai pas ici dans les querelles de clocher où untel préfère tel marque et tel autre cet autre. Rien ne remplacera jamais un appareil que vous maîtrisez parfaitement. C'est-à-dire avec lequel vous savez faire du portrait, du paysage et du gros plan, les trois principaux aspects photographiques d’un reportage.

Portrait, paysage et gros plans, tu maîtriseras !

Pour laisser une marge de manœuvre après la prise de vue je vous conseille fortement d’utiliser le format RAW si votre appareil en est équipé. En effet, ce format permet de retravailler les images en postproduction (traitement sur ordinateur) et notamment la balance des blancs et les niveaux d’éclairage. Ce point est important car en reportage les conditions sont parfois difficiles au point de mettre en défaut les meilleurs automatismes. Les erreurs d’exposition et les dominantes de couleur pourront ainsi être très facilement corrigées sur un logiciel de retouche d’image compatible avec votre boitier photo. Le forma JPG n’offre pas cette souplesse et de plus à chaque réenregistrement de votre photo la qualité se dégrade.

Format RAW, tu choisiras !

Mais pourquoi un flash me direz-vous ? Et bien parce que le reportage est très souvent situé dans des lieux qui sont prévus pour tout sauf pour faire de belles photos ! (J’exagère à peine) Il est par expérience extrêmement fréquent d’avoir un joli sujet mais pas la lumière et une jolie lumière et rien d’intéressant à photographier. C’est donc très frustrant et le flash fera par conséquent partie intégrante de la panoplie du photoreporter. Et surtout, il sera en permanence en bonne place sur le sabot de l’appareil pour être toujours prêt en mode « Fil In ». Je ne détaillerai pas ici le fonctionnement de ce mode qui dépend de chaque type de matériel. Je vous demande donc de vous reporter à votre notice d’utilisation ou aux sites spécialisés qui traitent de cette technique. Pour expliquer simplement le fonctionnement de ce mode d’éclairage « Fill In », je peux dire qu’il permet de compléter l’éclairage du sujet principal en conservant l’éclairage naturel environnant. Cela équilibre la photo en évitant d’avoir des zones de l’image surexposées ou sous-exposées.

Sur ton flash le mode "Fil In", tu sélectionneras !

Certain se disent peut-être « moi je m’en fous car j’ai un flash intégré ». Et bien non, désolé, car souvent il ne sera pas suffisant. Les flashs intégrés sont presque tous de faible puissance (petit nombre guide) Ils permettent un éclairage correcte à trois mètres mais au-delà c’est le noir total ! Par contre, les flashs de reportage communément appelé « cobra » sont bien plus puissant. Certains atteignent un nombre guide de plus de 30 ce qui permet un bon éclairage dans la dizaine de mètre. Cette puissance lumineuse permettra des prises de vues dans des angles et des conditions bien plus délicates avec de réelles chances de succès. Favorisez donc un flash puissant et si possible avec un zoom intégré qui focalise la lumière proportionnellement à la focale utilisée sur l’appareil photo.

Flash de reportage, tu n’oublieras pas !

Mais que d’énergie il faut pour tout cela ! Et oui. Mais le grand avantage maintenant en numérique c’est qu’avec deux batteries bien chargées, une carte mémoire de bonne capacité (8 Go) et des piles de rechange pour le flash on peut déclencher sans se soucier du nombre de photos !

Cartes mémoires et recharges électrique, tu n’oublieras pas !

Mais quel(s) objectif(s) prendre me direz vous ? Et bien dans le cadre d’un évènement de rue je dirais, quelque objectif que vous choisissiez, il est quasi illusoire de penser pouvoir en changer en pleine foule sans risque pour votre précieux matériel ! Donc je vous conseille de choisir votre objectif en fonction du type de reportage et de ne pas chercher à en changer. Vous voulez être polyvalent. Choisissez un zoom trans-standard type 18-200 mm (APS-C). Vous voulez faire du portrait un bon 80 mm (ou 50 mm en APS-C) etc… Personnellement j’utilise très souvent mon 18-200 sur mon D300 avec plaisir car il permet vraiment tout type de prise de vue. Seul regret l’ouverture ne permet pas toujours de générer un joli flou derrière le sujet. Et parfois le 70-200 F2.8 est plus opportun. Bref il faut adapter l’objectif au type de photos que l’on souhaite faire après la polyvalence se fera forcément au détriment de la luminosité de l’objectif. Plus le téléobjectif couvre une large gamme de focale moins il sera lumineux et donc plus le flash sera nécessaire. A vous de choisir en fonction du type de possibilité que vous désirez avoir (et de votre budget). L’autre solution peut être également d’avoir deux boitiers photos sur soi. Un pour faire des plans larges l’autre des plans rapprochés. Mais alors le poids devient vite important et le photoreporter doit avoir une condition physique de haut niveau s’il veut pouvoir tenir sur la durée. Je vous garantie qu’en vieillissant, votre dos vous rappelle rapidement à l’ordre en cas de surcharge ! Donc personnellement je privilégie la légèreté et la facilité de mouvement afin de pouvoir toujours me glisser dans les angles qui m’inspirent.

En fonction du type de photo, le bon objectif tu prendras !

Plus polyvalent ton objcectif sera et plus mobile tu seras !


La prise de vue

Maintenant comment faire une moisson de photos qui illustre bien l’évènement ?

Pour cela, il est indispensable de connaitre, le mieux possible, le sujet du reportage avant d’être dans le vif (du sujet). Le Net est indéniablement une source de renseignements précieuse. Identifiez au préalable tout ce qui peut être intéressant durant l’évènement et faites votre choix. Car sans don d’ubiquité il est physiquement impossible d’être partout. Par contre, si vous manquez la scène maîtresse votre reportage prendra l’eau.
Une fois vos points d’intérêt identifiés et sélectionnés, faites attention au positionnement par rapport au sujet. Si possible faite du repérage sur les lieux.

Etudiée, ta préparation sera !

Comme je l’ai dit plus haut la lumière est l’élément fondamental de la photographie. Sans lumière point de photo ! Il faut donc mettre tout en œuvre afin de trouver de belles lumières. Et partout où elle manque il faudra composer avec de la lumière artificielle. Merci le flash J. Si vous connaissez le lieu (ou le parcours) et les horaires vous pourrez aisément déterminer les meilleurs endroits. La carte peut être d’une aide précieuse mais rien ne remplace la reconnaissance préalable des lieux. Et si possible aux mêmes horaires que le reportage à venir.

Les endroits lumineux, tu privilégieras !

Pour un défilé, il peut être intéressant de se positionner au départ pour voir l’ensemble des participants une première fois. Puis, ayant fait un choix de sujets de se positionner sur le parcours pour effectuer les cliches avec un bon angle et si possible une bonne lumière. Faites attention à avoir le  soleil dans le dos sinon gare au contrejour ! Avec l’expérience, on peut faire de très belles photos en contrejour mais pour débuter il est conseillé d’éviter. Il y a déjà assez fort à faire avec tout le reste J.

Du contrejour, tu te méfieras !

Mais le principal est de laissez votre sensibilité guidez vos déclenchements. Mettez votre boitier dans un mode polyvalent (priorité ouverture F8-11 et 400-600 ISO) le flash en mode "Fil In" et observez tout ce qui se passe autour de vous en vous représentant mentalement le cadrage que vous pourriez mettre en place. Vous repérez une scène qui dégage de l’émotion à visez-cadrez-déclenchez. Puis baissez votre appareil (vérifier éventuellement l’histogramme sur une première photo) Reprenez au plus vite l’affut afin de ne pas louper le prochain moment photogénique.

Ta sensibilité, tu laisseras déclencher !

Parfois, certaines personnes peuvent être gênées du regard du photographe. Parfois même se détourner. Personnellement j’engage la conversation avec la (les) personne (s) et leur donne la carte de mon site web afin de leur proposer de voir mon travail. Dans la majorité des cas cela suffit à rassurer et le contact établi les photos reprennent dans la bonne humeur. Si la personne exprime le refus je n’insiste pas car les sujets ne manquent jamais !

Le contact, tu faciliteras !

Ne cherchez surtout pas à voir si vos photos sont bonnes en les regardant sur l’écran arrière de votre appareil. Il est de toute façon trop petit. Vous ferez cela sur votre ordinateur à la fin du reportage.

L’analyse et le tri, tu feras plus tard !

Attention à ne pas prendre toutes les photos debout, droit comme un I. Variez les angles en faisant des contreplongées ou des plongées. Variez les cadrages. Pensez au cadrage vertical mais également diagonal. Faites attention à serrer votre sujet au plus prêt. Si votre sujet est perdu au milieu d’une foule votre lecteur se perdra dans l’image ! Il faut donc penser à l’aider à voir l’essentiel. Identifiez toujours le sujet avant de cadrer-déclancher. Favorisez donc les plans rapprochés avec un sujet bien en évidence qui donne tout son sens à la photo.

Avant de déclencher, un sujet tu trouveras !
Angle de vue varié, souvent tu feras!

N’oubliez pas d’analyser les moindres détails qui paraissent évidents pour tous dans le moment et dans l’action mais que parfois on oublie de photographier tellement c’est évident (c’est du vécu !)

Les détails, tu n’oublieras pas !

Un reportage est parfois long et souvent éprouvant physiquement. Chaleur, froid, inconfort, bousculade sont très fréquemment au rendez-vous. Il est donc indispensable que vous pensiez à vous garder en bonne forme. Lorsque la fatigue arrive la sensibilité se transfert sur le mal-être et le reportage passe au second plan. Quand on arrive à cet extrême il faut savoir s’arrêter. Aller se restaurer, se réchauffer, se réconforter bref se remettre en forme sans quoi le reportage sera terminé. Je conseille l’anticipation. Pensez à emmener de l’eau l’été, des vêtements chauds et imperméable l’hiver, ainsi que des aliments énergétiques en cas faiblesse.

De préserver le photographe, tu n’oublieras pas !


La postproduction et le partage

Après la super journée de prise de vues s’annonce la dure nuit de postproduction. C'est-à-dire le choix et le traitement des images pour la mise en ligne sur le web ou pour l’impression papier (c’est pour cela qu’il faut penser à se préserver J).

Commencer par le tri et la sélection des images sans aucune retouche. Et là je ne dirais qu’une seule chose :

Dans la sélection, impitoyable tu seras !

Toute photo floue, mal éclairé, mal cadrée, sans intérêt etc… sera irrémédiablement éliminée. Ne soyez surtout pas indulgent avec vos images et n’hésitez absolument pas à éliminer. Le premier tri en ce sens est toujours pertinent. Si vous ne le faites pas, vous vous retrouverez quelques mois plus tard avec un disque dur plein de photos sans aucun intérêt.

Vous avez fini le tri. Vos meilleurs photo sont sélectionnées. Il ne reste plus qu’a leur appliquer un petit traitement de finition mais il faut le faire en fonction de leur destination. Pour l’affichage sur écran et sur le web il faut rendre les photos lumineuses et colorée. Attention à ne faire de la retouche que sur un écran étalonné. En effet, si votre écran n’est pas étalonné vos retouches seront aléatoires d’un écran à l’autre et je ne vous parle même pas de l’impression !

Sur un écran étalonné, uniquement tu retoucheras !

Pour un affichage sur écran, je préconise un léger renforcement des couleurs et une petite accentuation LAB. Des tas de sites développent ces techniques (vous pouvez consulter celui-ci)

Vos photos sont sélectionnées retouchées il faut maintenant les donner à voir au plus grand nombre de gens afin d’essayer de savoir quels effets elles produisent sur le « lecteur ». La photographie n’a de raison d’être que dans le partage de l’image. Faites donc circuler vos photos par le moyen que vous souhaitez afin que les gens vous expriment ce qu’ils en pensent. N’ayez pas peur c’est toujours constructif. Une critique est toujours fondée. Mais ne soyez pas surpris de la différence des points de vue de vos "lecteurs". Chaque personne a sa propre sensibilité et une photo fera raisonner telle personne mais déplaira à tel autre pour des raisons très différentes. Accepter cela comme une donnée de base de tous les arts graphiques. En règle générale si vous consulter un assez grand nombre de personnes une tendance générale se dégagera et vous permettra d’entrevoir une tendance générale. Cela vous aiguillera dans le perfectionnement de vos clichés. Confrontez-vous également à d’autres photographes. Les clubs associatifs ne manquent pas en France. Profitez-en pour partager votre passion et pour apprendre. Car l’apprentissage dure toute au long de la pratique. Chaque année de nouvelles techniques voient le jour, les matériels permettent de nouvelles choses et les logiciels évoluent à pas de géant. Et surtout pratiquez. Plus vous pratiquerez et meilleurs seront vos photos. L’expérience ne s’apprend pas dans les livres mais sur le terrain.

Le partage et la confrontation, pour progresser tu favoriseras  !

Et souvent sur le métier, l’ouvrage tu remettras !


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Merci d’avance et bon reportage


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